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M. Jean Claude VERRIER Bateau "Cayor"

Annay  14 mars 2005

  à  Monsieur le Président  de   FAUVE  

                    Cher Monsieur,

             J’accuse réception de votre lettre du 9 courant et vous remercie de son contenu. Il m’arrive effectivement de naviguer encore avec un petit bateau de plaisance de 8m mais aussi quand un convoyage se présente. Naviguer en traversant depuis la Hollande, la Belgique et nos canaux me replonge quelques années en arrière. C’est toujours un réel plaisir quand j’interviens sur les Forums pour apporter un soutien, des conseils à tous ceux qui découvrent le monde des bateaux.

 Malheureusement, je suis obligé de vendre mon Saga car mon épouse a de gros problèmes de santé. Mais, je continuerai à prendre la barre chaque fois que cela me sera possible.

 A cette occasion, depuis quelques années, on peut voir certaines réparations de berges comme sur le canal latéral à la Loire, également des aménagements dans le Nord avec le reconditionnement de la Lys. Par ci, par là, on assiste à quelques réalisations Des efforts ont été fait également sur la Sambre pour encourager la plaisance car, il n’y a plus guère de trafic en commerce. Mais, il y a tellement à faire après tant d’années d’abandon que l’on se demande si l’on pourra rattraper le retard, ce que je doute fort en tous cas.

 Sur certains secteurs, les matériaux employés laissent rêveur et cela ressemble plus à du bricolage qu’une véritable remise en ordre. Cela touche tous les secteurs, même le Grand Gabarit où je réside vers Douai. La Deûle et le Canal de la Sensée pour rejoindre l’Escaut sont entrain de se délabrer. Les berges s’effondrent et VNF répare en comblant les trous avec de grosses pierres. En dessous l’écluse de Douai, une réparation de fortune rend l’approche dangereuse pour la navigation. Quand on quitte l’Escaut pour se diriger en Belgique, la frontière est évidente. Les berges sont renforcées avec de grosses pierres, c’est large et navigable sans danger. Par contre, en amont de Mortagne du Nord, pour rejoindre la première  écluse, le chenal est matérialisé par des tiges de fer dans laquelle on a enfilé une bouteille en plastique ! Il est impossible d’accoster. Sur la Lys, une fois quitté la Deûle en prenant la direction d’Armentières, la rivière sépare les deux pays. Côté Français : des éboulements, une berge dégradée. Côté Belge, rives empierrées, du solide et pour longtemps. Le canal de StQuentin et le canal de l’Oise à l’Aisne sont eux aussi laissés à l’abandon. C’est un constat de carence permanent partout.

Quand les travaux de construction du Canal Dunkerque-Valenciennes ont été réalisés, les berges ont été revêtues de macadam, tout simplement. 

Le trafic intense avec les gros bateaux et de puissants moteurs occasionne beaucoup de dégâts car le revêtement en goudron ne résiste pas.

Combien de fois n’ai-je pas cité en référence les réalisations de nos voisins Belge et Hollandais, maîtres en matière de navigation. Quand, lors des grandes inondations de la Somme, du Rhône sur Arles, de l’Oise nous constatons chaque fois la faiblesse de nos travaux hydrauliques, le manque d’entretien bien sûr, les constructions réalisées dans le lit des rivières, etc..etc. et par voie de conséquences le gaspillage des deniers publics.  Les catastrophes qui s’en suivent donnent à penser que l’on a compris la leçon mais pour combien de temps. Concrètement, il faudrait faire l’inventaire des travaux qui ont été réalisés derrière pour apprécier vraiment qu’il y ait eu une réelle  prise de conscience.

 Quand les étrangers naviguent chez nous que doivent-ils penser de la France ? D’ailleurs, dans Fluvial de mars 05, un navigateur Hollandais, F.Jansen, exprime sa décision de changer de destination pour des raisons évidentes que je viens d’énumérer ci-dessus. C’est révélateur et j’ai honte d’être Français quelque fois, un si beau Pays mal géré et mal administré.

 Je me rends souvent en Hollande pour visiter les sites de bateaux, il m’arrive d’y retourner en navigation et chaque fois, je me dis qu’il faudrait que nos responsables concernés viennent voir comment il faut faire. Comment, dans ce Pays on accorde de l’importance à la navigation. Tout est conçu pour vous faciliter la vie. Des ports équipés, des écluses en bon état, des équipements à la pointe du progrès, des horaires de navigation cohérents

La propreté règne partout. Bref, tout est pensé pour naviguer avec aisance et en toute sécurité. Des services de secours sont omni présents. KRNM veille et si vous vous trouvez en difficulté, ils viennent à votre secours avec des moyens performants, gratuitement !

 Manifestement, l’état d’esprit n’est pas le même dans ce petit pays qui fait rêver plus d’un marin. C’est également vrai dans les entreprises privées. Ils détiennent une volonté naturelle de travailler et de vous satisfaire. J’ai vu tomber en panne avec un moteur sur un bateau de plaisance. Le mécano est arrivé vers 9h30 à bord, il est descendu avec sa caisse à outils pour sortir le Peugeot et ce sans discontinuer, malgré une chaleur de juillet étouffante, en s’accordant une pose casse-croûte d’une demie heure, il a achevé le travail pour repartir vers 22H. On ne trouve pas cela chez nous. Aucun mécano ne sacrifiera autant de temps pour satisfaire un client. Les 35Heures obligent….

Ou bien on n’a pas envie, ou bien notre système n’encourage pas à travailler plus…..J’ai pu le constater en exerçant deux professions indépendantes différentes dans ma vie professionnelle.

 Je vais terminer pour cette fois en vous remerciant encore pour votre aimable coopération. Tout récemment, j’ai adressé un courrier au Président de la Chambre de la Batellerie Artisanale, lui faisant part du regard que j’apportais de l’extérieur et la réflexion que j’avais pour ce merveilleux métier en voie de déclin pour les Artisans.

Je vous laisse le soin de le publier si le jugez bon. Je le remettrai également au journal Fluvial.

 Vous souhaitant bonne réception, je vous prie d’agréer, Cher Monsieur, l’expression de mes plus cordiales salutations,

  

                                                     Jean-Claude Verrier

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