Monsieur Duguet,

Je viens de recevoir "L'escargot qui flotte" du mois de mars.

Tout d'abord, je tiens à vous remercier pour toute l'énergie et le temps que vous consacrez à la défense de l'habitat fluvial. Votre dévouement appelle le respect de tous ceux qui en mesurent le coût en termes de vie familiale et de renoncement aux loisirs.

La stratégie de dialogue que vous avez adoptée à l'égard des interlocuteurs de tutelle motive de notre part deux types de commentaires.

1/ Sur la forme de l'action :

Nous relevons dans L'escargot qui flotte une tendance constante à utiliser le canal affectif dans votre interface avec VNF :

"Notre inquiétude par rapport à certains discours péjoratifs", "C'est avec une certaine colère que je prends connaissance de votre réponse", "La gestion a été plutôt mal perçue", "L'ADHF a le sentiment que les bateaux logements sont à nouveau la cible d'attaques venant d'horizons divers", "Monsieur M........ s'est voulu très rassurant", etc.

Question 1 : Pensez-vous que vos interlocuteurs soient animés de la même gentillesse que vous, alors que leur opinion à l'égard de l'habitat fluvial s'étend - au mieux suivant les cas - entre le mépris et une jalousie irraisonnée ? 

Question 2 : Jusqu'où allons nous nous laisser mener en bateau pendant que les VNF s'arrogent chaque semaine de nouvelles prérogatives que la loi ne leur a pas donné ?

Question 3 : Sommes-nous dans un état de droit, et dans ce cas, pourquoi ne pas faire dire le droit devant de tels abus ?


2/ Sur le fond de vos prises de positions :

Vous acceptez qu'une incompétence administrative flagrante agite la menace suivante (revendiquée par certains de vos membres lors de votre C.A.) : "Bateau vendu = Place perdue". "Avez-vous mesuré ce que seraient les conséquences d'une telle politique ?"

Chaque vente crée un nouveau bateau nomade, interdit de cité.
Les "spéculateurs" s'empressent d'accrocher partout des épaves-ventouses, pour les inscrire sur une liste d'attente dont on sait qu'elle n'est pas contrôlable ni homogène, ni équitable.
Dix ans plus tard, les fleuves seront encombrés par deux fois plus de bateaux ventouses et de nomades sous astreinte, avec à la clé, des cascades de drames familiaux !

L'administration aura alors encore plus de raisons de nous traiter en parias...

Bien entendu cette instabilité ne concernera pas les malins qui auront fait un astucieux montage juridique pour rester à leur place après revente.

En voulant vous démarquer de certains spéculateurs (qui ne sont que des conséquences de l'absence de vision à la tête de VNF), vous vous laissez entraîner à entériner l'idée qu'il y aurait deux catégories de bateaux logements : 

Les justes, c.a.d. ceux qui aiment le fleuve (?) 
Les riches, dont les bateaux se vendent (mais aussi s'achètent, ne l'oublions pas) cher. Ceux-là se comporteraient comme d'odieux investisseurs "terrestres" dont certains louent tout ou partie de leur bateau. Ce sont donc des spéculateurs pour lesquels des ignorants du droit ont inventé le terme de "sous-location du domaine public" qui fait hurler de rire les juristes. 

Question 4 : Quel raisonnement "politique" raccourci et peut amener à s'écarter autant du droit français et du bon sens ?

Question 5 : Comment se fait il que personne (établissements publics ou usagers) ne fasse référence prix d'achat, au respect de l'esthétique, de la silhouette, au choix des couleurs ou à l'entretien des peintures ? Vous n'êtes pourtant pas sans connaître le coût de tels efforts pour améliorer l'environnement visuel des berges.

Question 6 : Comment le baron Haussmann s'y est pris pour faire de Paris la plus belle ville du monde ? En laissant les familles investir dans la qualité. Osons le dire : De la véritable spéculation !

Lors d'une vente de bateau, l'acheteur consacre entre 10 et 20% de son budget en réfection et embellissement. N'y a-t'il pas lieu d'encourager cet effort, en sécurisant les acheteurs ?

Nous pensons que les raisonnements infantiles téléguidés par la jalousie ne suffisent pas à séparer le bon grain de l'ivraie. 

Ces graves erreurs de stratégie laissent libre cours aux tutelles pour s'arroger des droits qu'elles n'ont pas, et bientôt (en se vantant de leur efficacité) pour obtenir un renforcement de la loi en leur faveur contre les bateaux-logements.

Au contraire, une série d'actions juridiques ciblées contre chaque type d'abus aurait le mérite d'arrêter les dérives actuelles par jurisprudence, et de faire reconnaître notre existence juridique et notre poids parmi les acteurs du fleuve.

Au delà de toutes ces divergences de points de vues, un évènement grave s'est produit en décembre dernier sans que personne ne bronche. Le rapport Boullot consacré à l'interface VNF / Bateaux logements (2 mois 1/2 de travail d'énarque, 70 heures d'interview dans les services de VNF, 18 pages) a été enterré. "Savez-vous quelle étaient ses grandes lignes ? "

Il n'y a pas lieu de légiférer plus, sur les bateaux logements.
Les VNF sont entièrement responsables de la cacophonie actuelle. Au lieu de se faire passer pour des victimes, ils auraient dû depuis longtemps prendre leur zodiac, identifier les emplacements exploitables, les équiper et les louer.
Il faut nommer un Monsieur Bateaux logements de niveau administrateur civil, qui aura mission d'appliquer une politique homogène à long terme. 

Il y a lieu de se demander si le nouvel interlocuteur auquel vous faites référence, a le profil est les pouvoirs requis, ou si il recevra toutes sortes d'instruction contradictoires.

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Je pense que ces commentaires auraient vocation à paraître dans "L'Escargot qui flotte", quitte à jeter un pavé dans la mare de l'angélisme.

Compte tenu des mentalités régnant dans les services, vous conviendrez toutefois qu'elle doive rester strictement anonyme 

En vous remerciant de m'avoir lu et dans l'espoir de recevoir votre commentaire.

Bien cordialement,

Copie : Bernard KUNTZ - F.A.U.V.E
(avec autorisation de publication 13 avril 2005)                                                                                                                 Témoignages sommaire


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